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FUCaM Liaisons N°63 - Décembre 2011
Risques
et
démocratie
:
au-delà d’une
«
irresponsabilité organisée
» ?
par Caroline Deblander, Julien Raone, Sébastien Sakkas et Nathalie Schiffino
-
«L’actualité a mis en évidence les
difficultés de prise de décision en
situation de risque et d’incertitude».
Ces mots d’introduction à notre
journée d’étude du 27 octobre 2011
attestent de la tâche à laquelle les
décideurs publics sont confrontés:
poser des choix collectifs éclairés
et légitimes à propos de questions
sociétales complexes, techniques
et controversées. L’objectif de cette
journée d’étude intitulée «Regards
croisés sur le risque et l’incertitude»
était de rassembler chercheurs et
praticiens autour des enjeux posés
par la gestion publique du risque.
S’y sont retrouvés des membres de
l’Université d’Anvers, de l’UCL, de
l’ULB, de l’ULg, de l’UMons, ainsi
que des fonctionnaires européens,
fédéraux et régionaux (wallons et
bruxellois) et des représentants
d’entreprises privées.
Durant la première partie de la jour-
née, les notions de risque et d’in-
certitude ont été exposées à travers
le prisme de la théorie économique
par Louis Eeckhoudt (UCL Mons)
et Nicolas Treich (INRA Toulouse)
avant d’être mises en perspective,
par Caroline Deblander (UCL Mons)
et Sébastien Brunet (IWEPS), avec
les défis que l’action publique doit
relever. L’après-midi a été consa-
crée au débat dans les secteurs
de la biomédecine, des OGM et
de la téléphonie mobile. Enrichies
par les commentaires des experts,
chercheurs, fonctionnaires, attachés
de cabinet et techniciens présents,
les discussions au sein des ate-
liers se sont organisées autour de
trois questionnements: la place des
pouvoirs publics dans la régulation
du risque, le rôle de l’expertise, les
enjeux de communication et de par-
ticipation.
Les réflexions tenues lors de cette
journée nous amènent à interro-
ger la nature de ces politiques du
risque et à réfléchir davantage le
fondement de la décision collective.
Comme Ulrich Beck – le théori-
cien de la Société du Risque – le
suggère, la régulation des risques
modernes peut être appréhendée
comme une forme «d’irresponsabili-
té organisée». Alors que l’on assiste
à une institutionnalisation du risque
comme enjeu public, la multiplica-
tion des instances de régulation ne
suffit pas à éviter crises et accidents
alors même que l’attribution des
responsabilités se dilue et se com-
plexifie. Est-ce à dire que la régu-
lation du risque est vaine? Il n’en
est rien tant il revient aux pouvoirs
publics d’assumer la charge de la
gestion collective et la protection
des citoyens face au risque sociétal.
Toutefois, la formule provocante de
Beck amène à réfléchir les fonde-
ments individuels et collectifs de la
décision collective dans ces théma-
tiques éminemment controversées.
La réflexivité collective – entendue
au sens d’une prise de conscience
des possibilités et des limites de
l’action humaine à gérer le risque
sociétal – n’est-elle pas la voie vers
une gestion du risque ouverte, trans-
parente et responsable? Une telle
prémisse implique nécessairement
une forme de modestie à l’égard
de la maîtrise du risque sociétal,
reconnaissant la nécessité de fon-
der la décision publique en croisant
les référents citoyens, politiques et
scientifiques. Une telle orientation
contribue probablement à poser les
fondations d’une communication
efficace sur le risque, d’une parti-
cipation fructueuse au débat public
et d’une légitimité renforcée de la
décision collective en matière de
gestion du risque.
De gauche à droite : Caroline Deblander, Julien Raone,
Sébastien Sakkas et Nathalie Schiffino.
EDITO
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