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FL58 - Enseignement : enseigner dans le secondaire, profession peu sexy ?

Mais pourquoi toutes ces nouvelles enseignantes et ces jeunes professeurs s’accrochent-elles ou décrochent-ils ? C’est bien à cette question qu’a cherché à répondre le colloque ESFFIM(1)  du  samedi 6 février 2010.

Le taux de départ et d’abandon étonnamment élevé dans les cinq premières années de celles et ceux qui s’essaient à la carrière enseignante, c’est une des caractéristiques spécifiques du marché du travail dans le secteur de l’enseignement. C’est une des causes de pénurie aussi. C’est un problème qui revient régulièrement à la une, preuve qu’il n’a pas encore trouvé de solution. Alors, à l’instigation de sa présidente, Bernadette NOEL(2) , et de son secrétaire, Jean-Marie DEMOUSTIER(3) , ESFFIM a imaginé d’organiser un colloque sur le sujet, court mais dense.

Une question qui taraude

Le nombre d’inscrits,  confirme le grand intérêt manifesté pour le thème : Insérer d’une manière durable les enseignants dans un établissement scolaire. Thème précisé par une question abordée par les intervenants sous différents angles : comment favoriser un lien entre la formation initiale, l’insertion et la formation continuée ?

D’entrée de jeu, les témoignages courageux de quatre jeunes concernant leur entrée dans la profession, ont confirmé la pertinence de la question retenue : de la formation initiale aux débuts dans le métier, il y a un pas difficile à franchir. Seuls un accueil bienveillant et un soutien psychologique et pratique de la direction et des collègues permettent de s’accrocher. Une « âme d’enseignant » ne suffit pas pour résister à la pression de la réalité.

S’accrocher ou décrocher ?

De quoi est faite cette pression ? L’analyse de Christelle DEVOS(4)  apporte la réponse d’une chercheuse à cette question. Dans l’enseignement, la période d’entrée en fonction est plus critique que dans d’autres professions. Les raisons en sont multiples : un(e) enseignant(e) débutant(e) a les mêmes responsabilités qu’une enseignant(e) expérimenté(e) ; sa charge de travail est au moins égale, voire supérieure ; les premiers emplois sont souvent temporaires et sont fréquemment l’objet d’engagements précipités : de remplacements en intérims, il faut une grande capacité d’adaptation ; il n’est pas rare que les écoles et les classes des premières expériences d’enseignement soient parmi les plus difficiles. Ces conditions d’entrée en fonction compliquent ce que beaucoup pointent comme une difficulté majeure de l’exercice du métier en son commencement : la gestion pédagogique, disciplinaire et relationnelle d’un groupe d’enfants ou d’adolescents.

Le constat étant fait et documenté, restait à savoir quelles réponses donner à ce qui se présente comme un vrai défi : aguerrir suffisamment et suffisamment vite les enseignant(e)s débutant(e)s pour qu’elles et ils aient envie de rester dans le métier.

D’où viendra le salut ?

En tout cas, répond Christian MAROY(5) , les voies choisies par les politiques récentes ne semblent pas aller dans le bon sens. Ces politiques ne parviennent pas à corriger l’image de la profession et à lui rendre son prestige. Le droit de regard accru des parents sur le travail des écoles affaiblit la position d’autorité des enseignant(e)s. Les évolutions du public élèves, des prescriptions et injonctions parfois paradoxales, des conditions de travail plus complexes et difficiles provoquent une perte d’attractivité de la profession et ont pour conséquence des abandons précoces du métier dans les premières années d’exercice.

Le salut ne viendra donc pas pour l’instant de ce côté. D’où, alors ? De la formation continuée orientée spécifiquement vers les enseignant(e)s débutant(e)s nous suggèrent Claudine LEVEQUE et Marianne LAURENCIS(6) . De dispositifs professionnalisants de la formation initiale et notamment de la qualité des stages, répondent Marc DEGAND et Xavier DEJEMEPPE(7) . De l’encadrement et de l’accompagnement attentifs des jeunes lors de leur entrée en fonction, soutient Yannick DUPAGNE(8). De tout cela et de toutes les initiatives utiles, ponctuent les membres du panel animé par François TEFNIN(9).

Des raisons d’espérer

Aucune initiative pour améliorer l’insertion durable des jeunes ne sera superflue, conclut Ghislain CARLIER(10). Des efforts, ajoute-t-il, il faut en faire  au moins dans quatre directions. Du côté de la formation initiale, le temps des constats, de la réflexion, de l’analyse doit faire place à celui de l’action. Un redéploiement en profondeur du cursus et un développement substantiel des stages doivent combler le fossé entre formation initiale et entrée dans le métier. Cette entrée en fonction, deuxième et troisième axes d’action, doit bénéficier d’un accompagnement interne et externe à l’établissement. Avec les moyens supplémentaires nécessaires : cet investissement complémentaire améliorera à coup sûr la réussite des élèves et sera donc rapidement récupéré sur la diminution du coût de l’échec scolaire. Enfin, la formation continuée doit contribuer à réconcilier, reconnaître, valoriser, remotiver, dynamiser, donner un nouveau souffle en recourant à des dispositifs performants et s’inscrivant dans la durée.

Le mot de la fin, nous le laisserons à Pierre FOURNEAU(11) invité à partager son regard de directeur sur la question : « Optimiste ? Mon tempérament engagé, combatif (et luxembourgeois) m’invite à choisir ce camp-là. L’existence de ce colloque, notre présence (quelle que soit notre place dans le système) montre qu’il faut y croire et travailler de manière collective. C’est la conviction que j’ai quand je travaille avec et pour mes novices. »

La thématique continue à susciter des vocations … Le 16 août prochain, c’est au tour du centre interfacultaire de formation des enseignants (CIFEN) de l’Ulg  de proposer une journée intitulée :
«  Commencer une carrière d’enseignant –Quels problèmes ? Quelles solutions ? ».  Gageons que nos collègues liégeois confirmeront le constat émis lors de la journée d’ESFFIM et avanceront éventuellement d’autres propositions qui permettraient d’améliorer le soutien aux nouveaux enseignants.

Jean-Pierre Degives(12) et Bernadette Noël

 

(1) ESFFIM : Enseignements secondaire et fondamental – Formation initiale des maîtres. 
(2) Bernadette NOEL est professeur aux FUCaM au Centre de pédagogie universitaire et responsable de l’Agrégation et de l’accompagnement pédagogique des étudiant(e)s.
(3) Récent retraité de la FESeC, Jean-Marie DEMOUSTIER a été la cheville ouvrière de ce colloque.
(4) Christelle DEVOS est assistante à l’UCL au département Travaux sur les systèmes et pratiques de formation et d’enseignement.
(5) Christian MAROY est professeur de sociologie à l’UCL, directeur du GIRSEF.
(6) Claudine LEVEQUE et Marianne LAURENCIS sont formatrices.
(7) Marc DEGAND est directeur pédagogique et Xavier DEJEMEPPE professeur à l’HELHA
(8) Yannick DUPAGNE est accompagnateur des directions dans le diocèse de Namur-Luxembourg.
(9) François TEFNIN est directeur du Service Communication du SeGEC et rédacteur en chef de la revue que vous êtes en train de lire.
(10) Ghislain CARLIER est professeur à la Faculté des sciences de la motricité de l’UCL et président de la Commission des programmes des agrégations.
(11) Pierre FOURNEAU est directeur d’une école secondaire à Marche.
(12) Jean-Pierre DEGIVES est conseiller au service d’étude du SeGEC

 

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