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FL58 - Recherche : Céline Mahieu

Céline Mahieu : « La validation des compétences en Belgique francophone et le maillage des espaces de qualification. »
 
D’après Pierre Naville (1956), d’une période à l’autre, d’une génération à l’autre, la valeur sociale du travail doit être reconquise sur l’indifférenciation originelle de l’activité humaine, ce qui en fait l’une des problématiques centrales de la sociologie du travail. Cette question du renouvellement actuel de la problématique de la qualification a été abordée par Céline Mahieu à travers le prisme d’un dispositif particulier présenté par ses promoteurs comme une véritable innovation en la matière, et dont on retrouve depuis quelques années des déclinaisons partout en Europe : la validation des compétences.

En Belgique francophone, un dispositif dit de validation des compétences a en effet été instauré par le législateur en 2003. Reposant sur l’alliance de cinq opérateurs d’enseignement et de formation, le consortium de validation a pour objectif annoncé de permettre aux travailleurs et aux demandeurs d’emploi de faire reconnaître leurs compétences professionnelles, qu’elles résultent de la formation ou de l’expérience.  Les objectifs du consortium et le montage organisationnel sur lequel il repose sont le résultat des négociations longues et des compromis successifs qui sont intervenus entre acteurs de la formation, de l’enseignement, partenaires sociaux, services de l’emploi et gouvernements.  Le résultat de ces négociations fait en outre l’objet de réappropriations variées de la part des membres des « commissions de référentiel », ces groupes de travail chargés de produire des référentiels et des épreuves pour les métiers ou parties de métiers désignés comme prioritaires. Cette recherche doctorale s’est donc penchée sur le maillage qu’opère un dispositif comme celui de la validation des compétences entre des acteurs et des espaces traditionnels de qualification (le métier, la concertation sociale, l’enseignement, le marché de l’emploi).

L’étude de terrain réalisée montre en effet que le dispositif observé ne propose pas à proprement parler une nouvelle forme de qualification mais tente plutôt de systématiser et de formaliser la construction de liens entre différents lieux et différentes manières d’aborder la valorisation sociale des personnes et de leur capacité d’agir sur le monde.  À travers le développement de la validation des compétences et de dispositifs semblables ou complémentaires en Belgique comme dans toute l’Europe (Cadre européen des certifications, systèmes de crédits ECTS et ECVET, etc.), l’une des hypothèses formulées au terme de la recherche inductive menée par Céline Mahieu est que les enjeux actuels de la qualification se situent à l’interstice entre les espaces préexistants de valorisation des apprentissages. L’enseignement, la formation professionnelle, la concertation sociale, la régulation du marché du travail, le métier rassemblent des acteurs et des pratiques de diffusion, d’évaluation et de reconnaissance des apprentissages. Ces divers lieux de qualification se sont développés en poursuivant des logiques complémentaires ou concurrentes, plus ou moins articulées les unes aux autres selon les contextes historiques, mais sans qu’on puisse parler d’une véritable cohérence d’ensemble. Les acteurs impliqués dans le dispositif de validation des compétences travaillent les continuités et discontinuités entre espaces de qualification en combinant un recentrage des modalités de la valorisation des apprentissages sur leurs résultats (ou les compétences acquises) plutôt que sur leur processus d’acquisition, une méthodologie destinée à assurer à chaque étape la qualité des procédures d’évaluation ainsi qu’un travail de mise en réseau des personnes appartenant à ces espaces.

C’est cette combinaison particulière de représentations du monde, d’instruments et d’acteurs que Céline Mahieu a appelée le maillage des espaces de qualification. Les trois monographies réalisées auprès des commissions de référentiels chargées des métiers de couvreur, d’aide logistique et d’opérateur de production des industries chimiques ont montré le caractère fragile et contingent d’une entreprise comme celle de la validation des compétences qui repose sur la capacité à faire adhérer les différents acteurs impliqués dans le projet et à susciter une confiance réciproque.

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