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FL58 - Culture

De Bilbao à Mons, la culture, levier économique et social ?


La culture était autrefois considérée comme un secteur improductif, raison – parmi d’autres – des interventions de l’Etat, sous forme de soutien ou de véritable politique culturelle. L’économie culturelle est aujourd’hui reconnue comme un secteur productif et la culture comme une source de revenus. Les effets directs ou indirects en terme d’emplois, d’amélioration de l’innovation productive et de la créativité, les conséquences sur la consommation s’additionnent à l’impact d’une image positive, d’un environnement culturel propice au tourisme ainsi qu’à la concentration de main d’œuvre qualifiée ou aux réseaux informationnels.
Même si la question de la demande et de la concurrence pour ce type de biens culturels – notamment en période de crise – doit rester posée, il n’apparaît pas moins que la production culturelle devient aujourd’hui un critère économique au même titre que la production industrielle.

Mais l’activité culturelle va par nature au-delà de cette vision productive et mondialisante. Par ses diverses facettes – activités sociales, festivals, medias divers, patrimoines - la culture se révèle un facteur de créativité artistique mais aussi de cohésion sociale, lieu d’expression de besoins notamment en terme de diversité et de création de liens. Elle joue en cela un rôle « civique ». Associée à un territoire, région ou pays, elle en éclaire les valeurs et les enjeux voire parfois en devient même le moteur : les événements que sont en France le festival des Vieilles Charrues à Carhaix ou les spectacles vendéens du Puy du Fou constituent deux projets de territoire aux assises diverses, créatrices d’effets amplificateurs multiples tant en terme d’activités, de réaffectation de lieux ou de savoirs.
Au-delà des biens culturels homogénéisés et de l’événementiel fragile, la culture se révèle donc comme un levier économique et social d’une stratégie territoriale endogène et durable.

Mais tous les territoires ne sont pas Bilbao. L’analyse de ces stratégies endogènes montre l’importance des réseaux formels et informels pour mailler les activités et les ancrer localement. S’affirment aussi l’attention nécessaire à la spécificité du projet, à sa différenciation et à son authenticité et la prise en compte d’une dynamique multiplicatrice : une labellisation comme celle de l’UNESCO pour le patrimoine mondial de l’humanité ou le titre de capitale ou métropole culturelle constituent des opportunités peut-être vaines si elles ne s’intègrent pas dans une politique dynamique. Le rôle des acteurs locaux, élus, associations et secteur privé, intervient alors pour coordonner et pérenniser ces effets. Comme le montrent les exemples du Réseau des Arts de Bruxelles, de la Louvière, de Lille ou de Mons mais aussi les dynamiques de la Wallonie Picarde, de la province du Luxembourg ou de Dinant, la culture s’affirme comme un levier des territoires.

Certes persistent les débats entre élitisme et populisme. Se posent aussi les interrogations classiques au développement de type territorial : quels effets multiplicateurs sont attendus ? Avec quelle pérennité ? Enfin, question plus cruciale encore dans l’environnement belge, quel processus de gouvernance permet de coordonner des actions émanant de secteurs et d’autorités diverses depuis les associations et centres culturels, les communes, les provinces, la Communauté française de Belgique, la Région wallonne et l’Europe ?

Organisées les 29 et 30 avril dernier, les VIII journées scientifiques de l’action publique et du développement territorial ont abordé le thème de la culture et du développement des territoires .  Académiques, professionnels et élus réunis à cette occasion ont aidé à visualiser les mariages réellement possibles entre culture, politiques culturelles et développement et à estimer les mythes, les réalités et les perspectives de ce fameux duo « Culture et territoire ».
 

Fabienne Leloup
Professeur
GR en Action Publique et Développement Territorial
Département des sciences politiques, sociales et de communication

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