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FL58 - Jean-François MARTIN

Le sage de la gestion des risques de Dexia

Son spacieux bureau coiffe le siège central de la banque belge Dexia.  Jean-François Martin, réputé pour son calme et sa lucidité en est membre du comité de direction.

Il exerce une fonction particulièrement importante dans le monde bancaire vers laquelle tous les regards se tournent depuis la crise de 2008 : la gestion des risques ! Il est le Chief Risk Officer. A ce management des risques de la banque belge s’ajoute la gestion des risques des marchés pour l’ensemble du groupe Dexia implanté dans plusieurs pays.

Rien ne prédisposait Jean-François Martin à s’illustrer dans la sphère de la finance. Il est entré aux FUCaM  en 1970 car il voulait se spécialiser dans une discipline neuve à l’époque : l’informatique !  Il n’y avait en Belgique que 200 ordinateurs mais déjà les FUCaM mettaient à la disposition de leurs étudiants un des plus gros ordinateurs du pays. Jean-François Martin est donc devenu ingénieur de gestion.

 

FUCaM Liaisons : Avez-vous toujours travaillé dans le secteur bancaire ?

Jean-François Martin : Non, après mon service militaire,  je suis entré chez British Leyland et suis devenu le responsable de l’approvisionnement des pièces de rechange du centre de distribution pour la Belgique. Je dirigeais une équipe d’ouvriers, mais aussi des techniciens et des ingénieurs.  C’est là que j’ai appris ce qu’était vraiment  la gestion des ressources humaines.


F. L. : Mais alors comment êtes-vous devenu le spécialiste des risques dans une grande banque ?

J-F. M. : J’ai exercé plusieurs fonctions de manager que cela soit dans l’ancien Crédit Communal, au holding Dexia ou à Dexia Banque Belgique : l’audit, les budgets, les crédits, la stratégie du groupe, les activités de la salle des marchés, les back-offices et maintenant les risques.



F. L. : Vous avez donc vécu les moments difficiles de Dexia en 2008 ?

J-F. M. : Oh oui. Les réunions étaient tendues, les horaires étaient infernaux, les décisions devaient se prendre à l’aube pour être prêt à l’ouverture des bourses. Pour traverser une crise telle que celle que Dexia a connue, il faut des gens costaux qui résistent au stress qui gardent à tout moment leur esprit d’analyse et leur lucidité. Heureusement, le stress a la particularité de générer des ressources. Il faut aussi un esprit d’équipe dans le comité de direction, dans le management en général. Pour cela il faut bien se connaître.


F. L. : Que  vous ont apporté vos études aux FUCaM ?

J-F. M. : Elles m’ont été d’une grande utilité. J’y ai appris à réfléchir, à appréhender les problèmes  de différentes façons, à découvrir la remise en question des idées reçues. Il ajoute avec un sourire malicieux : les examens, c’est se familiariser avec sa première gestion crise !  J’ai rarement brossé les cours car comprendre les matières au cours surtout celles à tendance mathématique, c’est les trois quarts de leur assimilation. Le blocus est fait pour mémoriser, non pour mettre ses cours en ordre ou essayer de les comprendre.  Je considérais que faire un blocus, c’était  comme un salarié qui allait travailler ses 8 heures en usine ! Le soir, j’allais me distraire, faire du sport. Le dimanche était un jour de repos.
L’esprit d’équipe indispensable à la gestion d’une entreprise, cela aussi, je le dois aussi aux FUCaM. D’ailleurs, je garde toujours des contacts réguliers avec des anciens de ma promotion et je constate que les contacts entre anciens sont plus soudés que dans les autres universités.
J’ai également beaucoup apprécié la diversité des cours, même les ingénieurs recevaient des cours de philosophie, pédagogie ou sociologie.
Plus qu’avant, il existe aux FUCaM de nombreuses possibilités pour étudier à l’étranger. A la banque, nous reconnaissons immédiatement ceux qui en ont profité. Ils sont naturellement ouverts sur d’autres cultures. C’est très important dans une entreprise moderne.


F. L. : Que diriez-vous aux étudiants qui estiment parfois que la modélisation cela ne sert pas à grand’chose ?

J-F. M. : Ils se trompent. Que cela soit en marketing, en planification stratégique ou en gestion des risques, une grande entreprise fait évidemment appel à la modélisation. Une banque est devenue très mathématique, un risque est toujours évalué par des modèles. La modélisation, je l’utilise tous les jours, elle est une aide à la décision, mais évidemment, il ne faut pas se laisser guider uniquement par des modèles économétriques ou financiers. Dans le  fond, la crise, c’est un peu cela !


F. L. : Dans les entreprises et surtout dans les banques, on ne parle que de rentabilité…

J-F. M. : L’entreprise ne doit pas avoir que des objectifs de rentabilité ou de croissance, elle a aussi une responsabilité sociétale. Le monde libéral a permis d’arriver à un développement économique et un bien-être de la société, il faut donc en être reconnaissant, mais il faut aussi rester très attentif. La crise financière que nous avons connue en 2008 est le résultat d’une dérive du monde capitaliste. Nous devons avoir l’honnêteté de le reconnaître et en tirer toutes les leçons.


F. L. : Y a-t-il beaucoup de diplômés FUCaM chez Dexia ?

J-F. M. : Oui, une bonne centaine !

J.D.

 

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