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FL56 - Stephane ROELANTS

Le nouveau Disney wallon

S.R.Dans la nuit du 21 au 22 mai 2009, «Panique au village», un film d’animation à l’humour plutôt décalé était présenté aux professionnels du 7e art lors du dernier Festival de Cannes. Mélusine Production était le partenaire luxembourgeois dans la réalisation de ce film salué par la critique spécialisée. A la tête de Mélusine Production et de Studio 352, le montois Stéphane Roelants, ancien des FUCaM (promotion 1992).

FUCaM Liaisons : Vous êtes le directeur général de Studio 352 et de Mélusine Production. Quelle différence entre les deux sociétés ?

Stéphane Roelants : Créé en 1997, Studio 352 est un studio de fabrication d’images et d’animations. Au début en 1997, il comptait une douzaine d’artistes formés à la Cambre ou à Saint-Luc. Aujourd’hui, après restructuration, il compte encore quelque 33 personnes dont la moyenne d’âge est 30 ans, a participé à une cinquantaine de séries (notamment Sabrina, Horseland, Sushi pack), à quelque 40 longs métrages DVD (Charlotte aux Fraises…) et quelques longs métrages ( Tchoupi….).

F. L. : Quant à Mélusine Production ?

S. R. : Il s’agit d’une société de financement et de production créée fin 1997. A son actif, on peut citer Kiri, le clown, Nouki et ses amis et côté long métrage, un partenariat avec mes amis belges dans la réalisation de Panique au Village.

F. L. : Quelles sont vos parts de marché entre les Etats-Unis et l’Europe ?

S. R. : Nous travaillons à 85% pour le marché américain (Walt Disney Cie, MGM, Dreamworks), et 15% pour l’Europe (TF1, France Télévision…).

F. L. : A côté des films pour enfants, n’avez-vous pas développé un nouveau produit ?

S. R. : En effet, depuis environ deux ans, nous avons développé une unité graphique spécialisée dans le domaine de l’image technologique. Il s’agit d’une simulation ultra réaliste destinée tantôt à des ouvriers sur des chantiers pour les former à une meilleure sécurité ou encore illustrer une pièce unique dans le domaine spatial, comme son installation dans un camion et son transfert. Il s’agit d’un jeu vidéo qui met l’opérateur en situation réelle.

F. L. : Quelles sont les motivations qui vous ont amené à l’audiovisuel ?

S. R. : J’écris des scenarii et des nouvelles pour BD depuis l’âge de 16 ans. Après mes études universitaires, je suis parti travailler à Londres et à Hollywood où j’ai suivi des formations de scénariste. J’ai toujours été attiré par l’image et son animation. C’est en 1997 que j’ai décidé de voler de mes propres ailes : j’en avais assez de travailler pour les autres et de dépenser pour eux beaucoup de temps et d’énergie. Il y a donc une volonté personnelle, mais aussi une opportunité de marché.

F. L. : Quelles sont les difficultés rencontrées ?

S. R. : Je n’ai pas le sentiment d’avoir eu beaucoup de difficultés au début si ce n’est la crédibilité envers les banques et des difficultés administratives. Les principales difficultés sont venues en 2006, avec la chute du dollar. Comme 85 % du chiffre d’affaires se réalisait aux Etats-Unis, on a pris une gamelle en cash. On en a profité pour restructurer et revaloriser le capital. Aujourd’hui, nous avons atteint un cap de maturité.

F. L. : Pourquoi vous êtes-vous installé au Luxembourg ?

S. R. : J’y suis arrivé un peu par hasard. En 1994, les Anglais m’ont demandé de travailler à la réalisation d’un film sur la bataille des Ardennes pour le 50e anniversaire de la fin de la guerre. J’ai donc découvert le Luxembourg. En 1997, j’ai acheté un hangar de 1500 m2 à Howald à 7 € du m2. Nous y sommes restés jusqu’en 2007 pour déménager nos studios à Contern, à 15 km au Sud-Est de Luxembourg. Nous avons commencé à 12. Aujourd’hui, nous sommes une cinquantaine après avoir été 87. Chaque société a réalisé un chiffre d’affaires de 1, 5 million d’euros en 2009.

F. L. : Quelle relation entre Stéphane Roelants, PDG de sociétés de films d’animation et les FUCaM, alors que depuis l’âge de 16 ans vous êtes essentiellement tourné vers l’image ?

S. R. : Alors que j’étais en première année de droit à l’ULB, j’ai été renversé par une voiture pilotée par une bande de gangsters après un hold-up. Consécutivement, à cause de problèmes de mobilité, je suis revenu étudier à Mons. Et comme mon père sortait des FUCaM, j’ai choisi cette université pour y poursuivre des études en sciences économiques et y apprendre à gérer une entreprise.

F. L. : Que retenez-vous des FUCaM ?

S. R. : Les études m’ont appris à réagir socialement, à me plier à une discipline de travail. La vie d’entrepreneur, c’est cela aussi. Dans cette période difficile de ma vie, les professeurs, dont un en particulier, m’ont beaucoup apporté psychologiquement, sur le plan humain.

F. L. : Quels conseils donneriez-vous à des jeunes ?

S. R. : Aux étudiants, éviter l’hyperspécialisation, avoir beaucoup de flexibilité. Aux jeunes diplômés, être le plus ambitieux possible, explorer des voies auxquelles on n’a pas pensé, investiguer des changements d’activités. Aux futurs entrepreneurs, être optimiste, mais aussi réaliste dans les perspectives, garder les pieds sur terre. Pour information, je cherche un directeur financier, même débutant.

Alfred DIRICQ

ALIFUCaM