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FL46 - Laurence RASE

Championne de taekwondo

Laurence RASEAu printemps dernier, Laurence Rase, championne d’Europe 2006 de taekwondo, a donné une conférence remarquée sur la thématique « Sport et valeurs », dans le cadre du cycle annuel des conférences de l’Académie universitaire Louvain à Charleroi. Sa présence à Charleroi fut l’occasion de défendre les valeurs éthiques dans la pratique du sport de haut niveau auxquelles elle est profondément attachée.

En retrouvant quelques anciens des FUCaM venus l’écouter, Laurence Rase a aussi évoqué en aparté quelques souvenirs de son passage aux FUCaM entre 1994 et 1996 lorsqu’elle était étudiante en sciences politiques. Elle évoque avec plaisir la bonne ambiance qui régnait sur le campus, entre étudiants, et le contact privilégié avec les professeurs très disponibles.

FUCaM Liaisons : De 1994 à 2007, vous avez mené… une double vie : celle de sportive de haut niveau en taekwondo et celle d’étudiante universitaire.

Laurence Rase : En 1994, j’ai entamé une candidature en sciences politiques aux FUCaM, que j’ai décidé pour des raisons sportives de poursuivre à Anvers à l’U.I.A. Après avoir obtenu ma licence en sciences politiques, je me suis trouvée devant un dilemme : soit je me mettais à la recherche d’un emploi, soit je reprenais des études. Etant donné qu’en sciences politiques, je me sentais surtout à l’aise dans les cours de droit, j’ai opté pour une licence en droit que j'ai étalée sur deux ans. J’ai obtenu ma candidature en droit en 2001. Une mauvaise passe au niveau sportif m’a amenée à déménager vers Liège pour me rapprocher de mon nouveau club d’entraînement situé à Hannut. Je suis diplômée en droit de l'ULg depuis 2006.

F. L. : Qu'est-ce qui vous a amenée au taekwondo ?

L.R : Dans la famille, nous avons toujours aimé les arts martiaux, car ils allient à la fois la pratique sportive, la discipline et l’autodéfense. J’ai pratiqué le judo plus jeune, mais je n’ai pas accroché. En 1991, j’ai suivi mon frère et ma soeur à l’entraînement de taekwondo. Ce fut un véritable coup de foudre pour moi !

F. L. : Vous revenez d’un stage en Chine et en Russie : vous êtes donc en pleine préparation pour des Jeux olympiques de Pékin en 2008 !

L. R. : En réalité, je m’entraîne entre 20 et 25 heures par semaine (auxquelles il faut ajouter les soins kiné, ma préparation mentale, les rendez-vous chez le médecin…) en vue des sélections olympiques. Au niveau mondial, seuls 16 athlètes iront aux J.O. et en taekwondo, la sélection est extrêmement dure.

F. L. : A côté de cette vie de spartiate « au féminin », vous êtes aussi impliquée dans la promotion du sport !

L.R : Depuis le mois de mai, je travaille un jour par semaine au Cabinet du ministre wallon des sports. C’est là une manière de poursuivre mon apprentissage du droit relatif au sport francophone et belge. J’ai toujours voulu être active à ce niveau. Je siège également dans différentes commissions, telles que la Commission des athlètes du Comité Olympique ou encore à la Commission francophone pour la Promotion du Sport et de la Santé.

F. L. : Quelles sont les valeurs fondamentales que la pratique du taekwondo à un haut niveau vous apporte ?

L. R. : Pratiquer un sport à un haut niveau m’a aidée à être rigoureuse et persévérante lors de mes blocus. Mais, c’est surtout lors des examens que je me suis aperçue à quel point j’étais beaucoup plus détendue et plus sûre de moi que la plupart des autres étudiant(e)s.

F. L. : Est-il possible de mener une carrière sportive de haut niveau en respectant une éthique de vie ?

L. R. : Je suppose que vous pensez à la problématique du dopage…Le taekwondo est avant tout un sport technique et tactique. Le dopage y est nettement moins présent que dans des sports de pure endurance tels le cyclisme ou la course de fond. Mais, il ne faut pas être dupe… Là où il y a argent, il y a dopage et le dopage est malheureusement aussi dans le taekwondo. Je ne l’accepte pas même si je peux comprendre pourquoi certains athlètes tombent dans cet engrenage. La pratique d’un sport de haut niveau dans un vase clos peut mener à de telles dérives. Avoir une activité « extra sportive », telle que mes études, voir des gens tout à fait extérieurs au monde sportif comme les étudiants et les professeurs est pour moi comme un ballon d’oxygène et m’aide beaucoup à relativiser.

F. L. : Pour vous Laurence Rase, universitaire doublement diplômée, quelle signification a le mot « sport » ?

L. R. : Le sport m’a apporté mes plus grands bonheurs, et probablement aussi, mes grandes tristesses…Mais, celles-ci, on les oublie très vite !

Alfred Diricq

ALIFUCaM, association des anciens diplômés